De Barcelone à Tortosa

L’Ebre, source de vie. Il y a quelques années, un bac permettait la traversée du fleuve. Il est aujourd’hui remplacé par un pont. La route

Le patrimoine de la Catalogne est multiple

La route culturelle et gourmande aux multiples points de vue exceptionnels, qui va de Barcelone aux Terres de l’Ebre, est un must. Avant d’atteindre le delta de l’Ebre, elle passe par Montserrat, Miravet et son château, dernier bastion des Templiers et Tortosa. Partant de Barcelone, il est impossible de passer à côté de Montserrat sans voir la tentation d’aller y jeter un coup d’oeil. Si l’idée est excellente, sa réalisation demande néanmoins une préparation.

En effet, c’est un des lieux les plus visités de la région de Barcelone. Plusieurs routes permettent d’y accéder, mais certaines se terminent dans la plaine et il faudra utiliser le téléphérique ou le train à crémaillères ou encore la marche à pied pour atteindre le célèbre monastère.

Là encore, il vaut mieux préparer sa visite car les vignes, même si elles sont belles, ne permettront qu’aux initiés d’apprécier la qualité de leurs fruits : ce sont les caves qu’il faut visiter. 

Le déplacement en vaut la peine. Sur place, on laissera son véhicule à plusieurs kilomètres du sommet. Ceux qui auront eu la mauvaise idée de continuer en voiture, pourront tout au plus déposer leurs passagers avant de retourner au parking. Après la visite, une fois dans la plaine, on se trouve à l’arrière du Penedès, cet immense espace viticole, où la plus grande partie du cava (mousseux) espagnol est produite.

Là encore, il vaut mieux préparer sa visite car les vignes, même si elles sont belles, ne permettront qu’aux initiés d’apprécier la qualité de leurs fruits : ce sont les caves qu’il faut visiter. Elles rivalisent d’audace architecturale contemporaine ou au contraire ont été mises en valeur par les grands de l’Art Nouveau catalan : Josep Puig i Cadafalch et Lluis Domènech y Montaner par exemple. Ces caves portent le nom des producteurs, tels Freixenet, René Barbier, Juvé & Camps ou Codorníu, pour citer les principaux. Avant ou après la visite, on se rendra, en ayant pris soin de réserver, au restaurant Calpere del Maset où le jeune Pere Massana n’en finit pas de monter en puissance.

Les parois escarpées qui bordent la montée à Siurana.
Les parois escarpées qui bordent la montée à Siurana.

Aux côtés de sa mère Ana, il sublime les produits du terroir dont le Penedès est extrêmement riche. Il associe les produits de saison à la viande et au poisson, le tout d’une fraîcheur exceptionnelle. Son goût pour les assemblages fruits et viande ou fruits et poissons est surprenant mais d’un goût exquis ; ainsi son gaspacho de pêches avec du tartare de langouste est unique et appelle sans aucun doute à revenir, à suivre également un savoureux carpaccio de baudroie, puis un filet de bacalao (morue) au feu de bois. Pour couronner le tout, un tartare de boeuf coupé au couteau, d’une simplicité extrême, sublimant la qualité exceptionnelle de la viande. Pour le dessert de l’été, les raviolis de mangue aux fines tranches de bananes sont du meilleur effet, soulignés par un sorbet de fruit de la passion. Une merveille…

’abbaye S. Maria de Montserrat est une abbaye bénédictine autonome.
’abbaye S. Maria de Montserrat est une abbaye bénédictine autonome.

Pour accompagner ce festin il est conseillé un vin blanc, tel le Miranda d’Espiells de Juvé & Camp, un Chardonnet à s’en lever la nuit… L’expérience est sublime et Monsieur Massana ou sa maman conseillent volontiers le touriste pour la suite de son voyage ou pour réserver une chambre d’hôtel si besoin est.

Reprenant la route, on atteint Siurana qui se trouve à environ 50 km au nord-ouest de Tarragone. Le village se situe entre la sierra de Montsant et les montagnes de Prades.

Il est perché au sommet d’un plateau, bordé sur trois côté, ouest, sud et est par des falaises vertigineuses, surplombant la vallée de la rivière Siurana à gauche et le torrent d’Estopinya à droite. À la sortie de Cornudella de Montsants, après un arrêt obligé à la cave vinicole el Celler Cooperatiu, superbe bâtiment de style Art Déco réalisé par Martinelli au début des années 1920, il faut compter huit kilomètres d’une route sinueuse étroite, aux virages serrés et en montée. En passant non loin de superbes falaises envahies par les grimpeurs en provenance du monde entier, on atteint Siurana sur un promontoire rocheux. Avant le village, sur la gauche, se dressent les ruines d’un château qui fut un centre important de la défense andalouse.

Conquis vers 1153-54, il fut le dernier bastion musulman de Catalogne à se soumettre après un siège qui donna naissance à la légende du Saut de la Reine Maure. Après sa conquête, Ramon Berenguer IV octroya une charte de peuplement à Bertran de Castellet, puis à Albert de Castellvell. En 1324, il passa au comté de Prades. Dès le XIIIe siècle, il fut utilisé comme prison pour des membres de l’aristocratie; parmi ses prisonniers les plus illustres, il faut citer Charles II d’Anjou, dit le Boiteux, prince de Salerne puis roi de Naples. Après le soulèvement catalan de la Guerre des Faucheurs, Philippe IV ordonna de le détruire. Aujourd’hui, la localité est l’un des buts touristiques les plus beaux de la région et compte moins de 30 résidents permanents. Suivant la route, on arrivera à Cambrils, après avoir contourné Reus (la petite Barcelone).

Du château de Siurana, il ne reste que des ruines.
Du château de Siurana, il ne reste que des ruines.

Une escale à Cambrils s’impose. Voisin de Salou et de l’immense parc d’attractions Port Aventuras, ce village de pêcheur est en voie de devenir une des stations privilégiées des touristes. Le restaurant Miramar, en face de la marina, vient d’être décoré d’une distinction prestigieuse : la très enviée nomination de meilleur restaurant de la province de Tarragona. Et c’est bien mérité ! Ce restaurant fait partie des tables d’Europe qui non seulement se renouvellent sans cesse, mais le font en étant intransigeantes sur la qualité des produits, la présentation des plats et la gentillesse de l’accueil. Cette rigueur et ce travail d’équipe où tout se passe dans la bonne humeur, sont ainsi justement récompensés.

Au Miramar, J. Gómez est fier de la reconnaissance de la qualité de sa cuisine.
Au Miramar, J. Gómez est fier de la reconnaissance de la qualité de sa cuisine.

Reprenant la route, il faut s’arrêter à Tortosa, un joyau dominé par le château de la Suda, l’un des plus remarquables ensembles fortifiés du IXe siècle, qui abrite maintenant un hôtel 4 étoiles. En cheminant vers la cathédrale, on empruntera le chemin de ronde qui, comme son nom l’indique, tourne autour des fortifications. Mais la promenade comporte d’autres arrêts obligés : en partant de la rive gauche de l’Ebre, en se dirigeant vers la vieille ville, il faut visiter le palais épiscopal, le cloître, la Capella de la Pietat et la chapelle du Saint Sépulcre de la cathédrale Sainte Marie de l’Estrella. Cette dernière est particulièrement remarquable par la beauté de sa nef principale à la hauteur impressionnante. On peut imaginer la ferveur de la population de la ville, pendant la Semaine Sainte. Mais Tortosa, ville bimillénaire possède d’autres trésors historiques et la valeur de son patrimoine est extraordinaire, car on peut retrouver et suivre les traces des différentes populations qui ont habité et cohabité dans cette ville ouverte sur la méditerranée grâce à l’Ebre.

Sans entrer dans les détails de l’histoire, il est intéressant de savoir que Turtuxa (Tortosa) a été conquise en 1148 sur les arabes par Ramon Berenguer, le même qui a confié aux Templiers les châteaux de Peniscola, Miravet, Gardeny et Monzon, qui constituaient la ligne de démarcation entre la partie arabe de la péninsule et la partie chrétienne. Ce même Berenguer était certainement adepte de l’oecuménisme, puisqu’il a octroyé à la Juiverie l’ancien chantier naval.

De Tortosa, avant de descendre vers le Delta de l’Ebre, on continuera la balade dans les Terres de l’Ebre. Plusieurs itinéraires sont possibles. Ces terres sont formées de plusieurs régions bien spécifiques, pour la plupart des espaces naturels d’une beauté incroyable, peu ou mal connus et qui méritent absolument le déplacement. Ainsi, de nombreux villages ont gardé l’empreinte d’illustres visiteurs, comme Horta de Sant Joan celle de Picasso. Les magnifiques caves coopératives de Gandesa sont une oeuvre extraordinaire d’art moderne due à l’architecte César Martinelli et ont ensuite été modifiées techniquement par le maître de Martinelli, Antoni Gaudi. Mais des témoins plus anciens ont marqué les montagnes des Terres de l’Ebre, ainsi Tivissa, ancienne ville romaine, recèle dans son arrière-pays des grottes ornées de peintures rupestres ainsi qu’un « village ibérique » qui, certainement vers le XIe siècle, avait fait fortune, grâce au commerce facilité par le fleuve.

Puis, passant par Amposta, on aura le choix entre rejoindre le Cap de Tortosa et l’île de Buda, via la ville de d’Eltebre et son fameux pont qui a pris la place du bac, ou de continuer en direction de San Carles de la Rapita ; les deux routes cernant plus ou moins le Parc Naturel du Delta de l’Ebre.

 

Près de la côte est de l’Espagne, Tortosa est dominée par le château médiéval (Castillo de la Suda), aujourd’hui transformé en hôtel de la chaîne Parador. Vue magnifique de l’Ebre.

Henri Aeby

he.aeby@gmail.com

Photos

© Henri Aeby

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