« Dessine-moi un mouton »

L’artiste Alexia Weill nous invite à retrouver notre âme d’enfant

Après avoir assuré sa carrière en Suisse et à l’étranger notamment à New-York, Miami et Dubaï, l’artiste d’origine franco-suisse, Alexia Weill, a posé ses valises sur la Riviera. Elle a fait connaître son travail de sculptrice avec ses cercles sculptés dans toutes sortes de pierres et ses personnages archétypaux. Pour Nestlé, elle a créé les « Virtuous Circle Awards » remis en mars 2020, juste avant la période de confinement. Une de ses sculptures est entrée dans la collection de la Fondation d’Art Nestlé.

L’artiste, très active dans la région vaudoise depuis de nombreuses années, est résidente à Saint-Légier où elle a installé une partie de son atelier. La Commune, décidée à miser sur l’art, lui a proposé le thème de la contemplation pour un projet artistique : des quatre concepts qu’elle a proposés, c’est celui « des moutons » qui a été choisi.

Les moutons sortis de l’imagination d’Alexia ont trouvé leur lopin de terre au giratoire situé à proximité du Château d’Hauteville.

Inspirée par l’atmosphère bucolique du giratoire situé à proximité du Château d’Hauteville, lieu-dit « de la bergerie », Alexia Weill a sculpté des moutons sortis de son imagination dans un marbre blanc Cristallina. Elle a souhaité inviter le public à s’interroger sur le thème « Qu’est devenu l’enfant que nous avons été ? » ; son travail délicat a été effectué à la manière d’un dessin plutôt qu’en 3D. Cette démarche, nommée Kunst am Bau (art architectural en français) par nos voisins germaniques, s’inscrit dans la continuité de son travail « cercles sculptés ». Le plus petit mouton de la fa- mille avoisine les 50 kg, alors que les plus grands approchent les 120 kg. Tous sont ancrés au sol grâce à d’astucieux et modernes pieds en inox. Le magnifique marbre utilisé est le seul qui soit extrait en Suisse, et cela depuis 1946. Ce petit miracle géologique se situe à Peccia, dans la célèbre vallée Maggia (TI) qui est entourée de majestueuses formations de granit et de gneiss, surgies au cours du plissement alpin. « Ce qui est important, c’est le dia- logue avec la pierre », explique Alexia. « Je la regarde sous tous ses angles et la touche pour reconnaître sa nature. Me vient ensuite l’inspiration de sa transformation, pour lui donner une autre forme et une autre vie.»

Alexia dans son atelier de Saint-Légier

TROIS QUESTIONS POUR ALEXIA AFIN DE MIEUX CONNAÎTRE SON PARCOURS ET SES PROJETS

Comment devient-on sculptrice, et pourquoi la pierre ?

AW J’ai grandi dans un univers très artistique. Mon grand-père avait une galerie d’art Faubourg Saint-Honoré à Paris que ma mère a reprise par la suite. La galerie était mon espace de jeu et nous vivions juste au-dessus. Ma grand-mère était comé- dienne et me racontait sa vie passionnante : elle avait tourné enfant dans les premiers films de cinéma et avait continué sa carrière au théâtre avec la Comédie française. Après mon bac, j’ai décidé d’étudier la réalisation cinématographique et ensuite, entre deux tournages, j’allais aux Beaux-Arts prendre des cours de modelage et de dessin et j’ai commencé à apprendre les différentes techniques dans des ateliers de sculpteurs. J’avais très envie de créer et de donner vie à des personnages que j’imaginais en 3D. J’ai découvert le travail de la pierre quand je me suis installée en Suisse il y a une quinzaine d’années. C’est une matière vivante très particulière car elle a sa propre identité et il en émane une intemporalité liée à son temps de construction qui est très lent. Le travail de taille est infiniment différent du modelage car la sculpture apparaît par débit de la matière dans le bloc. Il faut donc avoir une vision très précise en trois dimensions projetée dans la pierre et chaque geste est irréversible. La pierre demande beaucoup de précision et de concentration car elle vous renvoie votre propre énergie ce qui demande un certain alignement avec soi-même.

Quelle est votre œuvre la plus marquante ?

AW La plus marquante est La vague, une sculpture de 2,30 m de diamètre, un très grand cercle qui représente une femme aquatique qui donne vie à l’eau en perpétuel mouvement. C’est aussi un hommage à la Vague de Camille Claudel qui repré- sente trois petites femmes pliant le genou devant une immense vague. Dans ma version, c’est la femme qui est la vague. Il s’agit d’une œuvre symbolique qui représente un passage très émotionnel de ma vie. Avant de commencer la taille, il m’a fallu plusieurs jours pour apprivoiser le bloc de pierre, avant de me plonger dans le corps à corps avec cette immense masse pour en tirer une forme qui s’était imposée à moi. Cette sculpture a été exposée en suspension sur le lac Léman, à Montreux, pen- dant la Biennale 2019 avec une structure en béton immergée à plusieurs mètres de profondeur, un autre challenge. Elle est aujourd’hui exposée à la Halle Inox à Vevey, dans les Anciens Ateliers de Constructions Mécaniques qui ont été entièrement rénovés et elle est entrée dans la collection privée Delarive.

Et aujourd’hui, quels sont principaux vos projets ?

AW Je travaille actuellement à la création de plusieurs sculptures pour une start-up basée à Miami et je crée un nouveau trophée pour un grand concours culinaire vaudois. Dans le cadre de l’art dans l’espace urbain je travaille sur un nouveau projet et j’exposerai mes sculptures dans les Cubes du Flon en juin 2021, une galerie extérieure constituée de cinq cubes en verre, situés en pleine ville de Lausanne. Je prépare aussi deux expositions collectives, une à Lausanne avec un groupe d’artistes femmes et l’autre à Genève. Je vais également créer une nouvelle œuvre en lien avec l’Égalité et les 50 ans du droit de vote des femmes en Suisse, qui sera exposée en février 2021 à Lausanne et ensuite dans différents endroits en Suisse. Mon exposition au Japon qui aurait dû avoir lieu cette année au printemps a été reportée à mai 2021. Toujours pour l’an prochain, je créerai aussi pour la cinquième année les trophées du Elle Spirit Open de Montreux. Enfin, je travaille à distance avec la galerie de New York Uncommon Beauty Gallery qui me représente aux États-Unis.

Monique Delarze

www.alexiaweill.com –  insta@weillalexia 
Photos © Petar Mitrovic, Magaly Koenig, Antoine Lavorel

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