Saint-Domingue, une pépite au charme colonial classé

Nous découvrons la plus ancienne ville du Nouveau Monde. Son agréable centre colonial classé Unesco est un damier de 10 jolies rues pavées, autour de la place de la Cathédrale qui est la première d’Amérique. La vieille ville est délimitée par des remparts. Le Parc Colòn, la catedral Santa María la Menor, édifiée au XVIe siècle, est magnifique. Plusieurs rues historiques abritent de superbes demeures, des monastères et quantité d’églises. Nous avons toute la ville et la seconde plus grande île des Caraïbes pour nous ! C’est qu’on est passé, ici comme ailleurs, du sur-tourisme (si critiqué) au « sous-tourisme » précédant un renouveau.

Envie d’un peu de collectif. Prendre un café en terrasse est un vrai petit prodige ! On assiste à une émouvante messe dans la cathédrale de la fameuse Place Cristobal Colòn. Lequel tomba en disgrâce pour n’avoir découvert que trop peu d’or ici. Rendement insuffisant… Aux alentours, presque à chaque coin de rue, on voit papillonner des jeunes filles vêtues en princesses pour la « cérémonie des quinze ans ». Séance de maquillage, photographe tournant les deux ballons dorés des chiffres formant un « 15 » flottant dans la brise d’une ville maritime. Un joli rite de passage.

Par la rue du père Billini (Calle Padre Billini) menant à l’hôtel Las Casas del XVI, après la superbe église-couvent des Guzman (du nom de deux Frères Dominicains indignés par la vie miséreuse des esclaves), on arrive aux fortifications, au pied de l’une des deux rivières qui traverse la capitale. Située hors du périmètre classé, une récente ligne de téléphérique offre un intéressant survol, sociologique aussi car cette ligne a permis (comme à Medellin, en Colombie) de désenclaver les quartiers populaires, entre autres, celui de Gualey.

La Place Duarte.

L’agence Colonial Tours y propose mieux qu’une excursion : une incursion. On descend ainsi l’avenue San Miguel, animée rien que pour vous par un chanteur et concertiste, des acrobates de danses urbaines doués, de savoureuses dégustations sur le pouce de spécialités. La belle vitalité ici à l’œuvre permet de sortir des préjugés et des peurs que suscitent ces quartiers. www.colonialtours.com

Las Casas del XVI, bel hôtel membre de « Small Luxury Hotels of the World ».

Par-delà se donne à voir le monument- musée de Colomb, un vaisseau de béton au style néo-aztèque à flancs pyramidaux, inté- ressant à visiter. Mais c’est dans l’actuel hôtel patrimonial Nicolas de Ovando qu’ont été organisées après 1492 les grandes expédi- tions à venir (Ponce de Leon à Cuba, Herman Cortés au Mexique, au Pérou, en Colombie…). En face, à l’ombre d’un palmier, des joueurs de dominos en mode « slow life » caribéenne donnent le La.

Calle Arzobispo, l’une des dix rues du Centre colonial.

CASAS DEL XVI, UN TRÉSOR BIEN CACHÉ

Un pâté de maisons entier. Chacune des villas possède son propre style mettant à l’honneur l’âme dominicaine. La dernière, la Casa del Pozo, a été inaugurée en 2019, après une restauration complète dans le respect de la culture locale. Une vingtaine de chambres réparties dans 6 maisons historiques à patio, peu à peu rénovées depuis 2014 par leurs promoteurs, trois frères et une sœur, les Bicini, l’une des familles les plus puissante du pays (ils viennent d’ailleurs de vendre leur banque). Ce tissu urbain raffiné est relié par un parvis de service central dévoilant la plus récente : la Casa de Los Vitrales, bijou Art Nouveau blanc à vitraux floraux où s’installa le fondateur, Juan-Baptista Bicini en 1909, à son arrivée d’Italie. La famille prospéra dans le sucre, exploitant une plantation à São Pedro de Macanas, près de la Romana, de Bayahibe et des merveilleuses grottes rupestres des indiens Tainos (lire en pages suivantes). Chaque Casa a sa petite histoire brodée dans la grande, ce que vous raconte Joshua, l’un des majordomes dédié à chaque hôte. On voyage ainsi dans le temps… Calfeutré en plein cœur du centre historique, entre remparts, canons et Place Colòn, ce membre de « Small Luxury Hotels of the World » possède un programme Connoisseurs pour vivre des expériences culturelles originales. www.casasdelxvi.net/casas.html

Un verre en terrasse Place d’Espagne : Quel bonheur retrouvé !

Une autre
République Dominicaine

La « playa Rincon » de la région de Samana a conservé sa pureté, sans aucun hôtel.


Sans passer par la trop fameuse « case Punta Cana », une variété de paysages et d’expériences caractérisent l’île d’« Hispanolia ». Ce pays sait dépasser ses clichés…

LES BALEINES À BOSSE DE SAMANA

La baie de Samana est connue pour cet animal venant s’y reproduire. Elles n’ont pas de bosse : c’est le mouvement de leur saut, un demi-tour, qui en constitue une. Le créateur Dominicain des cigares Davidoff, rencontré à Santiago où il travaille, raconte que « quand elles arrivent en février, on les entend parfois chanter près de l’île du Cayo Levantado, on pourrait presque les toucher ! »

Rencontre avec une baleine à bosse à Samana.

Serait-ce déjà romancer la réalité baleinière ? Peut-être, tant mieux : nous avons bien besoin d’illusions. Ce qui est certain, précise Stéphanie (excursionniste basée à Las Terrenas de la sortie en bateau) : « À la mi-février, il y en aura jusqu’à 250, le pic de fréquentation a lieu une fois les baleineaux nés. » Février ou mars sont idéaux.

Je n’en vis qu’une en ce début de saison et me consolais de cette petite déception au « Wyndham Samana », dernier-né de ce petit groupe hôtelier de République dominicaine et du Mexique. Construit il y a deux ans, il est tout frais, tout neuf. La galerie des bungalows et les chambres à balcons sont d’une élégante sobriété : pierre naturelle, tête de lits en briquettes de bois, bambou et troncs travaillés en colonnades à l’arrière des bungalows, tracés de couleurs primaires à la Mondrian sur les murs côté jungle des chambres.

Le buffet de ce tout inclus offre de belles expériences de cuisine locale, des poissons excellents, quand ils oublient d’être un peu trop cuits. Il faut dire que je suis gourmand, plus qu’un baleineau, buvant 200 litres de lait par jour. Pour voir les baleines plus d’une demi-heure, il y a des circuits exclusifs, à Puerto Plata. On les suit pendant 3 jours, on peut même nager près des baleines. « Cela doit rester l’exception et peut être un peu dangereux du fait de mouvements incontrôlables. Tant mieux donc que le prix soit élevé » plaide Stéphanie, ici depuis 20 ans.

Ne manquez pas le Parc national, classé Unesco, de Los Haïteses, où patrouillent des milliers de frégates, à gorge rouge comme une boule de billard, les aigrettes et autres échassiers. Des lamantins aussi sous l’eau : cet animal mystérieux est à l’origine du mythe de la sirène.

PAYSAGES À TOMBER, PURETÉ PRÉSERVÉE

Escapade aux dunes de Bani, près du seul vignoble de l’île, à Ocoa Bay.

La bande côtière à cocotiers entourant le Windham Samana a su rester sauvage. Et propre, ce qui n’est plus si souvent le cas dans le monde. Avant les récompenses du soir propres au clubs hôtels, il y a matière à des sports nautiques plus inventifs que le paddle. Comme le saut en mer depuis un cocotier, entraîné par une corde accrochée à l’arbre, qu’on a testé. Une initiative de clients, en vérité ! Bien d’autres dérives nautiques s’offrent à vous. Il y a le bonheur de marches interminables le long de la côte Atlantique (à peine moins chaude que la côte caraïbe, à Bayahibe ou La Romana). Vers la gauche, on ira loin. Vers de sublimes crépuscules et, à la playa Cosòn, vers l’embouchure d’une rivière au courant froid, idéal pour les bains de jambes toniques sous les racines de palétuviers. J’apprends après coup que c’est l’un des endroits discrets préférés du créateur de cigares déjà cité. La playa Frontòn, accessible en bateau est un must. Et sans hôtels derrière… Vers la droite de la plage du Windham, on pousse jusqu’au bourg de Las Terrenas où 6000 Français et autant d’Italiens ont acheté : un sympathique brassage. Via une succession d’anses, criques et interminables langues de sable bordées d’écume, vagues veloutées vous léchant les pieds. Comme au spa, voire mieux. Car naturellement… En option, excursion à la journée en bateau à la découverte des trois plus belles plages de la Péninsule de Samana : Frontòn, Rincòn et Madame. www.wyndhamhotels.com

L’amphithéatre de La Romana a vu passer tant de stars musicales…

ENTRE SAMANA ET BAYAHIBE

Autres sorties à faire, la route du café, en quad si l’on veut, et celle du cacao. En visitant la chocolaterie El sentido del Cacao. Le pays est le pionnier du chocolat bio, ici cultivé sur 41 hectares. On y mange un excellent poulet fermier aux mini-bananes braisées à la cannelle et riz brun. On y achète quelques boules de cacao pur et brut, à râper et diluer dans du lait ou de l’eau, avec un bâton de cannelle fraîche. Délicieux chocolat chaud, sous le soleil cuisant de 11 heures, à l’ombre d’un toit de palmes, dans un petit ranch un peu vieillot, au service de dégustation charmant. En ces temps de disette touristique, ils sont bien contents de nous vendre quelques petits produits de qualité, ainsi qu’une sorte de touron aux cacahouètes ou noix. Ou ce mélange de rhum, vin rouge et épices spécifique à l’île d’Hispaniola prodigue en rhums ambrés comme le Brigal 1888 et première productrice de cigares.

À LA ROMANA

À Alto de Campo, on visite une immense plantation de canne à sucre, près de La Romana. Tandis qu’on échange quelques mots avec des travailleurs, souvent haïtiens, chargeant la marchandise dans un wagon, on distingue au loin les cheminées de l’usine de transformation. Le travail de coupe est ardu, on entend des chants surgir des cannes hautes, une charrette tirée par des bœufs rappelle une scène agricole peinte par Millet ou Zurbaran.

Il faudra explorer une grotte. La plus connue, celle des Merveilles, ne permettant pas de se baigner, on lui préfère celle de « Nuestro Padre » dans une eau douce et propre, profonde de huit mètres. Rires et frissons de petite aventure… La marche d’accès d’une demi-heure avec un guide (qui éclaire à la torche au-dessus du bassin souterrain, des dessins précolombiens de visages et d’animaux des indiens Tainos sur la paroi rocheuse) est riche en botanique. La lumière de 10 heures est parfaite, on a l’impression de devenir l’arbre, la plante, l’oiseau. Ou encore un bijou en pierre bleue Larimar, spécifique au pays, dont le filon fut découvert en 1973. 252 variétés de plantes sont visibles, parmi des centaines de cactus-candélabres, piquantes sentinelles au garde-à-vous sur votre passage. Comme les soldats le jour de la fête du héros national, Félix Duarte, le 26 janvier. S’impose une excursion en bateau sur le Rio Chavòn, dont les hauteurs (les Altos de Chavòn) comptent un domaine privé très sélectif, au décor digne du Dreamland d’Elvis ou de celui de Citizen Kane. Nous sommes tout près de la Romana et du restaurant en bois El Capitàn (du nom d’un fameux pirate). Le panorama sur la mer, au premier étage, vaut un repas.

VIVA BAYAHIBE !

Le quartier Dominicus regroupe les resorts de Bayahibe. Ici, l’agréable Club « Dominicus Viva Wyndham »…

Arrivé à Bayahibe, on fait sa sortie en mer vers la grande île Saona ou une plus petite, Catarina. Le Parc naturel del Este est une autre étape possible. Le secteur des resorts tout inclus s’appelle Dominicus. Il offre, au Viva Wyndham Bayahibe un espace préservé, trois piscines, une bien agréable plage privée. À l’entrée, un écran diffuse une vidéo où coule trop généreusement un gel hydro- alcoolique vaguement amniotique, versé dans une main cliente par une hôtesse. On loge dans une myriade de bungalows à toit palmé et murs de grosses pierres, souvent coraillées. Avec vue sur mer, de préférence. Le bar détox à jus de fruits n’est pas loin, la piscine naturelle à débordement non plus. En ces temps de couvre-feu, il est bien agréable d’avoir – après les sorties de la journée – une vie nocturne, de l’animation. Ce qui est peu possible dans un hôtel… Un grand bar extérieur où la bande-son des clients offre une variété de voix très dépaysante. Comme celle du buffet agréable et éclectique, doté d’un carré VIP, et donnant sur la plage. Proximité avec la Nature, là encore. Les plats sont aussi savoureux que la petite musique à l’oreille des divers accents sud-américains dont on joue à tenter de deviner l’origine. Il y a plus de Dominicains que dans le monde d’avant le Covid. La distanciation est respectée et l’animation du soir non invasive. La musique mêlant Merengué et Bachata résonne sur la plage en journée, pendant qu’on nage en feignant l’effroi devant de soudaines vaguelettes (garanties sans effet- papillon de l’autre côté de la Terre). www.wyndhamhotels.com

Le chant des oiseaux la nuit est ici aussi discret qu’il est puissant en baie de Samana où la jungle est si proche. Un des tons de l’eau ressemble à la pierre de Larimar. Elle amènerait paix et joie de vivre. Des qualités bien dominicaines…

CHRISTOPHE RIEDEL

christopheriedel1@gmail.com

Plus de découvertes

Bani et Ocoa Bay : escapade dans les dunes et marais salants de la ville de Baní et découverte du seul vignoble des Caraïbes, à Ocoa Bay.
Barahona et Jaragua : la forêt tropicale de Barahona, sur le littoral Sud-Ouest. Une expédition parsemée de bananiers et cactus, la Réserve Naturelle de Jaragua. Flamants roses, iguanes et lancha (barque à moteur)…

Baleines : de mi-janvier à fin mars, Samana et Puerto Plata. www.godominicanrepublic.com/fr

Photos © OT République Dominicaine, Las Casas del XVI, C. Riedel

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